Par Kenzie Love
En 2012, au Québec, des milliers d’étudiant·e·s ont pris part à un mouvement de protestation en réaction à l’imposition d’une hausse des frais de scolarité postsecondaires par le gouvernement provincial. Certain·e·s ont cru que le conflit était terminé lorsque, quelques mois plus tard, la hausse a été annulée. Les activistes et les personnes organisatrices ont toutefois maintenu leurs rencontres, décidant que leur travail ne faisait que commencer.
« À l’époque, toutes les personnes autour de la table – étudiant·e·s et autres – en sont venues à la conclusion suivante : pour faire face aux mesures d’austérité, l’économie sociale et solidaire ainsi que la transition vers une économie coopérative représentaient la seule solution à long terme », raconte Olivia Champagne. « C’était une manière de s’assurer que les gens se sentent investis, qu’ils tirent profit d’une gouvernance démocratique et qu’ils aient voix au chapitre sur leur situation économique. »
Né de ces discussions, le groupe de travail a pris la forme d’un incubateur d’économie solidaire et a continué son travail au cours des quatre années suivant le mouvement étudiant de 2012. Cela a donné lieu à des initiatives comme la création du The Hive Cafe Co-op, une coopérative de solidarité située sur le campus de l’Université Concordia, et l’accueil de la conférence montréalaise Transform/er, qui a réuni des activistes du Canada et du monde entier. Le groupe a ensuite réalisé un sondage dont les résultats, publiés en 2016, ont démontré qu’il était le seul incubateur de campus au Canada à placer l’économie sociale et solidaire au cœur de ses préoccupations. Ses membres ont ainsi compris qu’il fallait saisir l’occasion de combler ce vide.
« Personne ne faisait ce genre de travail », souligne Champagne. « Cela a donné le feu vert aux personnes organisatrices pour institutionnaliser et consolider le SEIZE. »
C’est ainsi qu’est né le SEIZE. Le Solidarity Economy Incubation for Zero Emissions (l’Incubateur d’économie solidaire carboneutre) est un organisme à but non lucratif constitué en coopérative de solidarité. Bien que l’acronyme ait légèrement changé au fil du temps pour y intégrer la lettre « Z », Champagne explique que les valeurs et les principes de l’organisme restent les mêmes, tout comme son objectif principal de faire avancer l’économie sociale et solidaire selon les trois axes identifiés – l’éducation, l’organisation et l’incubation.
Guidé par ces axes de travail, le SEIZE œuvre à construire et à mobiliser des réseaux afin de promouvoir une économie démocratique. Il aide les personnes impliquées en entrepreneuriat collectif et en organisation communautaire à acquérir les compétences et à adopter les stratégies nécessaires pour participer à l’économie sociale et solidaire. Le SEIZE soutient aussi un réseau d’organismes à but non lucratif et d’entreprises coopératives (ainsi que des projets émergents) dans des secteurs stratégiques, notamment les technologies, les médias et la culture, les systèmes alimentaires, le logement et les industries ancrées dans le territoire.
La mission qui sous-tend le travail de SEIZE est d’amorcer une transition du capitalisme au profit d’une économie plus durable, démocratique et centrée sur l’être humain. Celle-ci se reflète dans tout son travail ainsi que dans sa structure. Les six membres travailleur·euse·s du SEIZE – en plus des 22 membres de soutien et des 250 membres utilisateur·trice·s – travaillent comme une équipe interfonctionnelle avec diverses compétences et expériences. Les membres travailleur·euse·s peuvent ainsi se distribuer toutes les tâches nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme, de manière à ce que chaque personne ait une combinaison de responsabilités qui corresponde à ses intérêts, à ses capacités, à son expertise et aux besoins de l’ensemble du groupe.
« J’aime mon travail au SEIZE et mon implication dans ce groupe : nous avons la chance d’avoir notre propre communauté de pratique, ce qui nous permet de faire les choses d’une manière légèrement différente », déclare Champagne. « Il est important de s’assurer que chaque personne se voit attribuer des tâches qui contribuent vraiment à son épanouissement, tout en assumant des responsabilités qui sont un peu plus exigeantes. Ainsi, grâce au travail d’équipe, chaque personne apporte et acquiert sa propre expertise, ce qui lui permet de se développer sur le plan professionnel. »
En pensant à l’avenir, le SEIZE prévoit de maintenir la crise du logement au centre de ses priorités, en poursuivant le travail initié avec la publication, plus tôt cette année, de son rapport Un consensus face à la crise. Le groupe compte organiser la conférence Housing Justice Convergence (Convergence pour la justice en habitation), prévue du 7 au 9 mars 2025 à Montréal. L’organisme cherche également à obtenir plus de financement externe pour amplifier la portée de son travail dans d’autres provinces. L’ensemble du travail réalisé contribue donc à la transformation économique mondiale imaginée par ses membres.
« Nous cherchons à unir les mouvements syndicaux et sociaux », ajoute Champagne. « De cette manière, nous pourrons élargir l’éventail de possibilités généré par le fait de s’organiser et de faire face aux défis plus efficacement, dans l’objectif d’entraîner un changement économique transformateur. »
Le SEIZE et la FCCT partagent des valeurs communes. Une des membres de l’équipe de la FCCT – l’adjointe administrative – a également fait partie du Hive Cafe Co-operative pendant plusieurs années et en est toujours membre. Elle aussi fréquentait l’université à Montréal durant la grève étudiante. Plusieurs ancien·ne·s membres de la FCCT – Rebecca Smyth, Hannah Rackow, Jess Noriega-Lessard, Ben Rackow, et Mateusz Salmassi – ont été fortement impliqué·e·s dans le mouvement étudiant, particulièrement, mais pas exclusivement, à Concordia et à McGill. De plus, la FCCT et le SEIZE se sont mutuellement accordé le statut de membre partenaire dans leur organisation. Nos groupes ont donc beaucoup de points en commun : ils visent tous les deux à remplacer le capitalisme par une société et une économie coopérative, solidaire et administrée par ses travailleur·euse·s. De plus, nous partageons également l’engagement de SEIZE pour la justice climatique.