Le rôle essentiel des coopératives de travail dans l’économie du « donut »

Par Kenzie Love

Au cours des dernières années, un consensus gagne du terrain : la croissance infinie, qui se trouve au fondement du capitalisme, s’avère incompatible avec la quantité limitée de ressources sur notre fragile planète, dans un contexte où une diminution drastique de nos émissions de gaz à effet de serre se fait plus qu’urgente. Comme l’a souligné Hettie O’Brien dans un article de 2023, « les marches à suivre se font rares pour atteindre une économie qui réduirait radicalement notre empreinte carbone sans pour autant baisser notre qualité de vie. » 

Voilà pourquoi, presque dix ans après sa publication initiale en 2017, le livre La théorie du donut : l’économie de demain en 7 principes de Kate Raworth suscite encore l’engouement aujourd’hui, puisqu’il jette justement les bases d’un modèle vers un tel changement. Le cadre de travail élaboré par Raworth pour parvenir à une économie durable repose sur l’image d’un beigne. « Dans son fondement, le concept du « donut » consiste en deux anneaux concentriques : une base sociale, pour s’assurer que personne ne vit de carences dans ses besoins essentiels, et un plafond écologique, pour empêcher l’humanité de déstabiliser les systèmes qui soutiennent tous les types de vie sur Terre. Ces deux limites tracent une forme de beigne où se déploieraient la protection de l’environnement et la justice sociale : un espace qui permettrait à l’humanité de s’épanouir. »

Aux premiers abords, ce modèle s’avère certainement souhaitable malgré ses différences avec le système actuel (et probablement à cause de celles-ci). En dépit de tout le battage médiatique qu’elle suscite, l’économie du « donut » a aussi fait l’objet de son lot de critiques : selon certaines personnes, cette théorie s’avère moins révolutionnaire que ses adeptes ne le laissent entendre. Comme l’indique Jordan G. Teicher, Kate Raworth semble affirmer que « jusqu’à tout récemment, personne n’avait pensé à s’engager dans une économie qui répond aux besoins de base de tout le monde ou dans laquelle les demandes de l’humanité en matière de ressources écologiques n’excèdent pas les capacités de régénération planétaire. »

Même si l’économiste britannique a créé un nouveau cadre pour les idées qu’elle avance, Teicher a raison de rappeler que celles-ci n’ont rien d’inédit. Parmi les mises en pratique de ce concept se trouvent bien sûr les sept principes coopératifs, qui existent d’ailleurs depuis longtemps. Bien qu’on puisse s’imaginer une affinité naturelle entre ces préceptes et ceux de l’économie du « donut », très peu de recherches ont été menées à ce sujet. 

Un article de 2022 s’est penché sur la contribution des coopératives de travail à une économie plus durable, en étudiant six exemples britanniques depuis l’angle d’analyse de la théorie de Raworth. Conclusion : « les principaux effets de ce modèle d’affaires sur la durabilité environnementale démontrent qu’une entreprise en propriété partagée a le potentiel d’offrir une vie décente à son personnel et à la communauté impliquée, sans menacer la santé écologique. » L’article a également souligné quelques lacunes chez les coops étudiées, et a notamment fait valoir la nécessité de « dépasser l’idée de contrôle des dommages pour aller vers une véritable restauration des systèmes de vie ». De plus, le modèle coopératif demeure, au Royaume-Uni comme ailleurs, « une rareté ».

Le rôle du milieu coopératif pour transformer l’économie mondiale reste une question centrale dans notre secteur. Une certitude perdure toutefois : un tel changement fait partie de la solution pour créer des sociétés qui s’inscrivent dans ce fameux « beigne ». C’est un chemin essentiel pour assurer notre avenir collectif.