Le modèle coopératif : l’occasion pour Waterline d’incarner ses valeurs

Par Kenzie Love

En 2020, des personnes animatrices et médiatrices de Vancouver et de la Nouvelle-Écosse qui partageaient les mêmes intérêts et méthodologies ont commencé à se réunir chaque semaine en plein cœur de la pandémie. Elles sentaient que ces temps de grands bouleversements représentaient aussi l’occasion de répondre aux inégalités systémiques révélées par la crise, bien que le chemin ne leur apparût pas tout à fait limpide. Les membres du groupe pressentaient toutefois qu’allier leurs forces augmenterait leur efficacité. 

C’est ainsi qu’elles et ils ont décidé de s’unir pour offrir des cours et des services-conseils sur l’animation de groupe et la médiation de conflit. Pour y arriver, il leur fallait une structure organisationnelle, et la formule coopérative s’est présentée comme la solution idéale. De ce souhait commun est née la Waterline Co-op, fruit de leur intérêt pour un modèle à l’image de leur philosophie globale. 

 « Il nous semblait évident dès le départ que nous voulions opter pour un modèle de gouvernance coopératif », mentionne Camille Dumond, membre de la Coopérative. « Nous voulions vraiment que notre structure d’entreprise démontre la mise en pratique de nos valeurs. »

Les membres de Waterline pratiquent la méthodologie de la démocratie profonde, et y voient des vases communicants naturels avec les valeurs coopératives. La démocratie profonde est une méthode d’animation fondée sur la psychologie. Elle s’avère tout indiquée pour des relations ou des dynamiques de groupe chargées émotionnellement ou marquées par des différences, des rapports de pouvoir ou des croyances invisibles. Ainsi, cette méthode concrète de dialogue et de discussion cherche activement à faire émerger la sagesse de la minorité en contexte de conflit, ce qui rappelle la gouvernance partagée propre aux coopératives. 

La décision de se constituer en coopérative est allée plutôt de soi pour l’équipe de Waterline; la mécanique du lancement et de la gestion d’une entreprise, quant à elle, s’est révélée une courbe d’apprentissage plus abrupte. Toutefois, Camille Dumond est d’avis que la collaboration avec ses collègues a réaffirmé le bien-fondé de ce choix.

« Nous avions l’impression de détenir la capacité de gouverner ensemble », déclare-t-elle. « Cela fait d’ailleurs partie de notre offre de formation : nous enseignons la prise de décisions communes et la gouvernance collective. C’était un peu expérimental et idéaliste, mais cela a fonctionné pour nous, et nous sommes très content.e.s du résultat. ».

Camille Dumond reconnaît que la coopérative fait encore face à certaines difficultés. Notamment, l’équipe se demande si elle doit ajuster son offre de cours sur la gestion de conflits, et dans quels cas. La nature du modèle qui sous-tend Waterline fait aussi en sorte qu’elle approche ces enjeux différemment d’une entreprise conventionnelle.

« Dans la coop en ce moment, nous jonglons avec cette tension : à quel point voulons-nous adapter nos programmes à une variété de besoins, et investir du temps et de l’énergie pour favoriser une véritable accessibilité? Et à quel point voulons-nous uniformiser notre offre de services? », explique Camille Dumond. « Il y a cette ambivalence entre l’accommodement aux demandes de notre clientèle et le respect de nos propres besoins. D’une certaine façon, nous oscillons toujours entre les deux. J’ai vu plusieurs organisations vivre beaucoup de conflits, de frictions, de désaccord, et parfois même des démissions à cause de ces questions. Grâce à notre modèle, qui oblige à la gouvernance partagée, nous sommes forcé.e.s de vraiment mettre en pratique ce que nous prônons. »

Pour les prochaines années, Waterline espère continuer sa croissance, agrandir ses opérations et renforcer son infrastructure pour suivre la demande du marché. Camille Dumond remarque déjà son propre cheminement grâce à sa participation à l’expérience coopérative, qui va bien au-delà de ses attentes. 

« Si j’avais su tout le temps, toute l’énergie, tous les efforts et les apprentissages que cette aventure exigerait, je ne crois pas que je m’y serais lancée consciemment », affirme-t-elle. « Toutefois, avec le recul, j’ai appris beaucoup plus que je n’aurais pu l’imaginer. C’est bien plus que gérer une entreprise; c’est grandir comme être humain. Et ça, je ne m’y attendais pas du tout. »