Par Kenzie Love
La plupart des coopératives de travail canadiennes fonctionnent à petite échelle et de manière centralisée. Pour plusieurs personnes, il s’agit d’un avantage attrayant du modèle : on peut avoir confiance que les membres ont à cœur la communauté de leur clientèle puisque c’est aussi leur communauté. Toutefois, rares sont les enjeux majeurs du monde d’aujourd’hui qui se confinent à une unique collectivité ou à un seul pays. C’est ce qui a poussé la coop canadienne SSG à porter son regard au-delà des frontières nationales. Voici certains des apprentissages de l’équipe à travers ce processus pavé de difficultés, mais également de possibilités.
L’intentionnalité : centrale aux relations transfrontalières
Profitant d’un fonctionnement déjà entièrement à distance et d’une équipe répartie à travers le Canada, SSG a pu aisément élargir sa portée aux États-Unis et au Chili. Cependant, comme l’observe Emily McQuarrie, directrice des finances, l’entreprise fait encore face à des obstacles dans ces démarches.
« C’est toujours plus délicat quand tout se fait en ligne », indique-t-elle. « Mais on ajoute à cela les différences de langue et de culture, le fait d’essayer très fort de bien communiquer et de bien se comprendre. Ça prend juste un peu plus d’intentionnalité. »
La complexité du processus
Bien que les activités internationales n’aient rien de nouveau pour les entreprises conventionnelles, elles demeurent une rareté dans le secteur coopératif, à l’exception notoire de Mondragon, basée en Espagne. Cette situation rend difficile la recherche de services compétents qui offrent du soutien approfondi à ce sujet. Ce fut justement l’expérience de SSG. En effet, il existe peut-être des expertises en droit ou en comptabilité familières soit avec les multinationales, soit avec les coops de travail, mais des professionnel.le.s outillé.e.s sur ces deux aspects s’avèrent très peu commun.e.s.
« Il faut consulter plusieurs personnes pour obtenir des informations adaptées à ce que l’on souhaite accomplir », explique Emily McQuarrie, « parce qu’il n’existe aucun service clé en main, alors que c’est sûrement plus facile pour les entreprises classiques. »
Contrairement au modèle conventionnel, les membres de SSG n’ont d’ailleurs aucune envie de préserver jalousement leurs apprentissages. Quoique Emily McQuarrie ne soit pas certaine du degré de reproductibilité de l’expérience de SSG pour d’autres coops de travail, elle suggère tout de même de communiquer avec son équipe pour commencer.
« Contactez-nous si vous voulez vous lancer là-dedans », dit-elle. « Le partage de savoirs vous sera utile pour vous éviter de réinventer la roue. »
La réalité distincte des coopératives de travail
Pour la plupart des entreprises conventionnelles, l’expansion est motivée par le même moteur qui propulse toutes leurs actions : la soif de profit. La réalité des coops de travail se révèle cependant différente. Par exemple, sachant que la planification climatique est nécessaire partout dans le monde, SSG explore de nouvelles occasions d’affaires et se demande quelles formes elles pourraient prendre dans d’autres pays. Toutefois, plutôt que de se lancer dans une course effrénée vers la croissance, la coop emploie une approche réfléchie quant à son développement.
« Il y a le point de vue entrepreneurial, » indique Emily McQuarrie. « On doit continuer d’avoir les fonds pour mener nos activités. Il y a aussi la question de la vision : on veut accroître nos retombées. Et le point de vue du membrariat : on doit penser à ce qui est réellement intéressant pour nos membres. »
En bref, même si SSG agrandit sa portée, elle demeurera toujours guidée par les principes coopératifs qui ont initialement motivé son choix d’élargir ses horizons au-delà des frontières.